jeudi 19 mars 2009

D’abord, je suis bien désolé des délais pour ce nouveau message. La chronique je voulais écrire la semaine passée devait s’intituler : Le Bénin par intermittence. J’y aurais parlé des pannes d’électricité quotidiennes, de la connexion internet qui ne fonctionne pas et de toutes ces petites choses qui font que techonologie et sous-développement se côtoient ici au quotidien. Mais ce sera pour une autre fois.

Maintenant que l’internet fonctionne, la seule chose dont je peux vous parler, c’est du réel choc que je suis en train de vivre.

Jusqu’ici, il n’y avait qu’une seule chose que je n’avais pas aimé au Bénin : des trippes de mouton. C’était coriace et caoutchouteux, visqueux et impossible à déchiquetter avec les dents. Après une grimace, j’ai recraché le morceau et je l’ai laissé refroidir au coin de mon assiette. Or, ce mardi, ce que j’ai vécu ne pourra pas être mis à l’écart et ignoré. On a eu beau nous avertir au Québec et même ici, quand c’est arrivé, l’étape 1 du choc culturel, l’émerveillement, a cédé la place à la deuxième phase : l’incompréhension.

Mardi à 8h25, nous observons une classe lorsque nous entendons des cris d’homme graves, du ton que l’on prend pour gronder et punir, suivi de claquements qui ne laissent aucun doute sur leur nature. Lors de la classe suivante, ce que nous avions entendu se confirme devant nos yeux : parce qu’il n’avaient pas leur cahier d’exercice ou parce que ce dernier n’était pas à jour, trois élèves sont envoyés chez le préfet de discipline. Ils reviennent 20 minutes plus tard en sa compagnie. Le préfet demande de présenter la paume de la main sur laquelle il assène un coup d’un large bâton en bois dur. 10 fois, et au suivant. La classe est silencieuse ou retient un soupire sur les coups les plus durs. On compte les coups et on reprend ceux qui ont été manqués parce que le châtié a retiré sa main trop vite. A la sortie du préfet les punis s’exclament : « ça fait du bien monsieur » et tout le monde s’esclaffe, sauf les deux yovos au fond de la classe.

Au cours suivant, c’est le professeur qui enseigne cravache à la main. La cravache est une lanière de cuir utilisée pour motiver les enfants à travailler. On fouette le dessus du crâne de l’élève. Ne pas être à la bonne page de son cahier d'exercice, ne pas être en train de participer activement à une discussion de groupe ou être surpris à parler d'autre chose que de le matière sont des comportements suffisant pour justifier son emploi. On peut aussi tirer les oreilles, pincer les ouïes, pousser l’élève ou le cogner des jointures sur la tête. Mais ici, c’est la cravache qui gagne la palme/ près de la moitié de la classe y est passé. Lors d’un travaille en groupe, le professeur passe entre les tables et crie : « tais-toi et participe à la discussion ! » puis il fouette l’enfant. Aussitôt, toutes les équipes sont debout en position de caucus, elles s’activent, s’affairent et discutent ferme des caractéristiques des milieux polaires. C’est moins pire, au cours précédent, on abordait les droits de l’homme…

Disons que c’est assez confrontant : alors qu’au Canada, ces comportements sont bannis depuis un bon 40 ans (seulement, il faut nous le rappeler) et qu’ils conduiraient leur auteur en prison, ici il s’agit d’un moyen pédagogique rigoureux et socialement accepté – bien qu’officiellement interdit par la loi. Ici, le châtiment corporel est utilisé pour élever les enfants, même en famille : il nous arrive souvent d’entendre des gamins de 5 ans hurler sous les mêmes punitions que celles que je viens de décrire.
Et après ces scènes que nos valeurs et notre éducation occidentale nous empêchent de cautionner, à la fin du cours, le professeur vient nous voir, très gentil et respectueux, nous invitant à discuter pédagogie et didactique.

Je vous livre ça brut, comme je l’ai vécu ce mardi. Depuis, je réfléchis beaucoup à ça et je mesure la différence qui sépare les mentalités de chez nous et d’ici. « L’homme blanc, n’est pas comme l’Africain » m’a répondu ma mère d’accueil, elle-même enseignante, à qui je faisais part de mes observations du jour. Je n’ai pas fini de réfléchir à ça et j’y serai confronté tout au long de ce stage qui ne fait que commencer.

Sinon, je garde le moral et la santé, je rencontre des Béninois très sympathiques et je pars visiter Ganvié et Ouidah cette fin de semaine. Ganvié est un village lacustre, c’est-à-dire sur pilotis au cœur d’un lac et Ouidah est la ville d’où sont partis une grande partie des esclaves lors du XVIIe au XIXe siècle. Comme quoi la violence n’est pas une exclusivité africaine.

A bientôt !

samedi 7 mars 2009

Un yovo à Porto-Novo

Déjà de retour qu cyber-café ! Profitez-en, si je suis retourné si tôt, c’est parce que je croyais que le message que j’ai écrit hier ne s’était pas rendu. La façon dont ça fonctionne, c’est qu’on achèyte du temps sur un compte. 1h coûte 250 francs, soit environ 50 sous. Quand j’ai cliqué envoyer le message hier, il restait 2 min à mon compte et ça a coupé avant que je ne vois le résultat. Evidemment, les connexions ne sont pas ultra-rapide, mais c’est quand même plus rapide qu’une connection internet téléphonique. Le pire est de s’habituer au clavier azerty.

Parlons donc des prix ! Une bière coûte 1 dollars ou un peu moins. Un repas pour 2 nous a coûté hier environ 2,50 dollars avec les boissons. Les gens boivent beaucoup de sucreries, ce qui correspond à des Seven-Up, Coca-Cola (pas vu de Pepsi), et autres jus de fruits très sucrés embouteillés. Il y a un jus de pamplemousse très goûteux qui est excellent. On peut se rendre à peu près n’importe où en zem, les motos-taxis, pour moins de 1 dollars.

Justement, j’ai eu ma première balade en zem ce matin. Zem, c’est un diminutif pour zemidjan qui signifie « prend-moi brusquement ». Notre première balade n’a pas été violente du tout, mais nous ne sommes pas allés loin et nous étions sur les routes de terre sur lesquelles on circule lentement. Seuls les grands boulevards sont pavés, bitumés comme on dit ici. Pour mon père, tu seras content d’apprendre qu’ici le casque n’est pas obligatoire et pour ma mère, tu seras rassurée de savoir que notre organisme nous a fourni de beaux casques avec visière et que nous le portons ! La proportion de personne portant le casque est de moins de 1 pour cent je dirais. Pourtant, le traffic sur le bitume est impressionnant ! Si de façon générale on roule à droite, ce n’est pas une règle absolue ! Et pour traverser la rue ou entrer sur un boulevard, il faut savoir jouer du coude. Les petits blancs que nous sommes sont bien heureux de trouver quelqu’un à qui se coller pour pouvoir traverser en même temps que lui ! Les gens d’ailleurs sont sympathiques et nous aident volontiers.

Être blanc ici, c’est être une minuscule minorité extrêmement visible. Mis à part à dans les hôtels, nous n’en voyons jamais. On nomme l’homme blanc yovo et quand les petits enfants nous aperçoivent, ils chantent spontanément une petite comptine qui dit : « Yovo, yovo, bonjour, ça va bien, merci ! » Hier, alors que nous marchions dans les rues après la rentrée des classes, nous nous la sommes fait chanté une bonne centaine de fois ! Ok, disons 50… Les enfants viennent nous voir avec un air étrangement fasciné, en riant, et plusieurs viennent nous serrer la main. C’est surprenant la première fois, même si nous en avions été averti !

Ah ! Grande surprise, malgré toute la résistance dont j’ai su faire preuve à Montréal, je possède maintenant un cellulaire ! Ici, tout le monde a un mobile, c’est le meilleur moyen d’accéder à la téléphonie en l’absence d’un réseau téléphonique traditionnel trop coûteux. Tous les appels entrants sont gratuits pour moi et je peux aussi recevoir des messages textes. Mon numéro est le 96 27 23 37. De Montréal, je crois qu’il faut faire le 0 11 pour faire un interurbain outre-Atlantique, puis composer le 229 qui est le code du Bénin. Vous composez mon numéro par la suite ! Rappelez-vous qu’il est 6 h plus tard chez moi, mais ne vous inquiétez pas, je ferme le mobile la nuit. Quoiqu’il en soit, ça a été un choc de m’initier à cette technologie ici !

Bon je vous laisse et je vous retrouve dans quelques jours !

Jean-Luc

vendredi 6 mars 2009

Bonne arrivée!

Bonjour à tous !

Le Bénin est jusqu’ici très agréable. Oui, il fait chaud, c’est comme une canicule avec légèrement plus d’humidité ! Et quand on voit la mer, on ne peut aller s’y baigner à cause de la pollution et des vagues extrêmement fortes. Sur le bord de la mer résident des pêcheurs qui se servent de l’océan comme toilette et dépotoir… La mer recrache le tout après quelques jour et ça fait comme un cerne de débris sur la plage… Malgré cette entrée en matière quelque peu rebutante, quel bonheur de se retrouver sur la plage lundi soir et de sentir le vent rafraîchissant souffler sur nos corps en sueur !

En effet, ce que nous voyons jusqu’ici est à l’image de ces contrastes. A Cotonou, la capitale économique, nous voyons bien sûr beaucoup de pauvreté et de dénuement , mais également des BMW, des gens en complet. Les bureaux climatisés ne sont pas rares, la publicité est omniprésente dans la rue où déambulent toutes sortes de vendeurs itinérants installés au milieu de la rue, parfois presque au péril de leur vie. Les gens portent à la fois des vêtements traditionnels et des jeans/t-shirt.

Difficile de décrire tout avec le court temps dont je dispose, mais jusqu’ici toutes les découvertes sont passionnantes et nous n’avons eu aucune mauvaises surprises.

La nourriture est excellente : généralement de la volaille avec du riz, des tomates, des oignons et un peu de piment fort.

Nos familles d’accueil sont généralement aisées. Certaines ont plusieurs étages et ont de magnifiques jardins qui en rendraient plusieurs jaloux. La mienne, sans être de ce niveau est très bien. Toilettes comme chez nous, salon avec la télévision, 2 voitures, 1 moto ! Tout le monde circule en moto, le traffic est incroyable.

Je m’arrête ici, mon temps est presque écoulé. Bonne fête à Francis et Pierre (en retard pour l’un, en avance pour l’autre !)

Jean-Luc