D’abord, je suis bien désolé des délais pour ce nouveau message. La chronique je voulais écrire la semaine passée devait s’intituler : Le Bénin par intermittence. J’y aurais parlé des pannes d’électricité quotidiennes, de la connexion internet qui ne fonctionne pas et de toutes ces petites choses qui font que techonologie et sous-développement se côtoient ici au quotidien. Mais ce sera pour une autre fois.
Maintenant que l’internet fonctionne, la seule chose dont je peux vous parler, c’est du réel choc que je suis en train de vivre.
Jusqu’ici, il n’y avait qu’une seule chose que je n’avais pas aimé au Bénin : des trippes de mouton. C’était coriace et caoutchouteux, visqueux et impossible à déchiquetter avec les dents. Après une grimace, j’ai recraché le morceau et je l’ai laissé refroidir au coin de mon assiette. Or, ce mardi, ce que j’ai vécu ne pourra pas être mis à l’écart et ignoré. On a eu beau nous avertir au Québec et même ici, quand c’est arrivé, l’étape 1 du choc culturel, l’émerveillement, a cédé la place à la deuxième phase : l’incompréhension.
Mardi à 8h25, nous observons une classe lorsque nous entendons des cris d’homme graves, du ton que l’on prend pour gronder et punir, suivi de claquements qui ne laissent aucun doute sur leur nature. Lors de la classe suivante, ce que nous avions entendu se confirme devant nos yeux : parce qu’il n’avaient pas leur cahier d’exercice ou parce que ce dernier n’était pas à jour, trois élèves sont envoyés chez le préfet de discipline. Ils reviennent 20 minutes plus tard en sa compagnie. Le préfet demande de présenter la paume de la main sur laquelle il assène un coup d’un large bâton en bois dur. 10 fois, et au suivant. La classe est silencieuse ou retient un soupire sur les coups les plus durs. On compte les coups et on reprend ceux qui ont été manqués parce que le châtié a retiré sa main trop vite. A la sortie du préfet les punis s’exclament : « ça fait du bien monsieur » et tout le monde s’esclaffe, sauf les deux yovos au fond de la classe.
Au cours suivant, c’est le professeur qui enseigne cravache à la main. La cravache est une lanière de cuir utilisée pour motiver les enfants à travailler. On fouette le dessus du crâne de l’élève. Ne pas être à la bonne page de son cahier d'exercice, ne pas être en train de participer activement à une discussion de groupe ou être surpris à parler d'autre chose que de le matière sont des comportements suffisant pour justifier son emploi. On peut aussi tirer les oreilles, pincer les ouïes, pousser l’élève ou le cogner des jointures sur la tête. Mais ici, c’est la cravache qui gagne la palme/ près de la moitié de la classe y est passé. Lors d’un travaille en groupe, le professeur passe entre les tables et crie : « tais-toi et participe à la discussion ! » puis il fouette l’enfant. Aussitôt, toutes les équipes sont debout en position de caucus, elles s’activent, s’affairent et discutent ferme des caractéristiques des milieux polaires. C’est moins pire, au cours précédent, on abordait les droits de l’homme…
Disons que c’est assez confrontant : alors qu’au Canada, ces comportements sont bannis depuis un bon 40 ans (seulement, il faut nous le rappeler) et qu’ils conduiraient leur auteur en prison, ici il s’agit d’un moyen pédagogique rigoureux et socialement accepté – bien qu’officiellement interdit par la loi. Ici, le châtiment corporel est utilisé pour élever les enfants, même en famille : il nous arrive souvent d’entendre des gamins de 5 ans hurler sous les mêmes punitions que celles que je viens de décrire.
Et après ces scènes que nos valeurs et notre éducation occidentale nous empêchent de cautionner, à la fin du cours, le professeur vient nous voir, très gentil et respectueux, nous invitant à discuter pédagogie et didactique.
Je vous livre ça brut, comme je l’ai vécu ce mardi. Depuis, je réfléchis beaucoup à ça et je mesure la différence qui sépare les mentalités de chez nous et d’ici. « L’homme blanc, n’est pas comme l’Africain » m’a répondu ma mère d’accueil, elle-même enseignante, à qui je faisais part de mes observations du jour. Je n’ai pas fini de réfléchir à ça et j’y serai confronté tout au long de ce stage qui ne fait que commencer.
Sinon, je garde le moral et la santé, je rencontre des Béninois très sympathiques et je pars visiter Ganvié et Ouidah cette fin de semaine. Ganvié est un village lacustre, c’est-à-dire sur pilotis au cœur d’un lac et Ouidah est la ville d’où sont partis une grande partie des esclaves lors du XVIIe au XIXe siècle. Comme quoi la violence n’est pas une exclusivité africaine.
A bientôt !
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C'est ce qu'on appelle un choc culturel, en effet ! Heureusement que tu as ta famille d'accueil pour discuter de tout ça. En tant qu'enseignants retraités, ils sont bien placés pour t'éclairer.
RépondreSupprimerSalut Jean-Luc ... il y a longtemps que tu as écris sur ton blog ... mais je t'écris principalement ce commentaire pour te souhaiter BONNE FÊTE !!! (de deux jour en retard )
RépondreSupprimeren espérant ravoir des nouvelles de ce stage qui je l'espère se passe a merveille ! ...